Bulletin n°17

Nouveautés en Imagerie de l’os temporal

Commençons par un fait rare, Radiology publie un article centré sur l’imagerie des oreilles par l’équipe de Berit Verbist, particulièrement pour les patients porteurs d’implants cochléaires.

L’article est en accès libre et propose à tous les radiologues heureux détenteurs d’un scanner CT à ultra haute résolution (détecteurs à 0.25 mm et matrice jusqu’à 2048 !) de bien regarder les implants dans la cochlée à la recherche de néo-formation osseuse qui concernerait jusqu’à 2/3 des patients implantés.

Un exemple visuel ici :

Dans lequel les zones en rouges correspondent à la néo-formation osseuse dans la rampe tympanique ou la rampe vestibulaire sur des implants en position dites « mid-modiolar » (soient attendus au milieu du liquide endo-cochléaire et non pas au contact de l’os).

Tout l’intérêt de ce dépistage radiologique tient dans le fait que les patients avec ces formations osseuses post-opératoires perdent plus d’audition après l’opération que les patients sans cet os supplémentaire.

On connaissait déjà des facteurs cliniques prédictifs de la récupération auditive post-implant (durée de la perte auditive, étiologie de la surdité etc…) et l’équipe du Prof Verbist nous propose un biomarqueur radiologique intéressant, et corrélé avec les techniques chirurgicales les plus traumatisantes pour le patient (translocation vestibulaire par exemple). Il persiste des incertitudes sur le temps de formation de cet os supplémentaire, et on aimerait que cette étude scannographique mono-constructeur soit confirmé avec d’autres modalités, et notamment en Cone Beam CT qui semble l’appareil idéal dans ce contexte de matériel artéfactant.

Le second article paru dans la revue de référence radiologique en otologie, European Radiology, s’intéresse à la distance entre le canal semi-circulaire postérieur (partie verticale) et le bord postérieur de l’os temporal. C’est un marqueur plusieurs fois dans la littérature. Ici, les auteurs ont comparé des sujets sains avec des patients porteurs d’une maladie de Ménière unilatérale et enfin des sujets présentant un tableau clinique dit de « delayed endolymphatic hydrops » qui correspond cliniquement à des vertiges survenant à distance d’une surdité profonde.

La distance était mesurée de la façon suivante sur du T2 :

L’hypothèse sous-jacente est que l’hypoplasie/fibrose connue du sac endolymphatique pour les patients avec maladie de Ménière se manifesterait par une diminution de cette distance uniquement dans la maladie de Ménière. Les résultats sont sans équivoque, puisqu’ils sont statistiquement significatifs entre d’un côté les patients avec maladie de Ménière avec une distance très courte et de l’autre les témoins et les patients avec « hydrops retardé » avec une distance plus longue. Les auteurs de cette étude n’ont pas retrouvé de différence sur l’aqueduc du vestibule (en contrepoint à ces papiers CT et MRI) mais notent qu’ils ont analysé le T2 et non le Flair.

La distribution des distances (histogrammes) intra-groupe laisse espérer que ce biomarqueur pourrait être intégré dans un modèle prédictif intelligent à l’échelle individuelle pour détecter la maladie de Ménière sur du scanner ou de l’imagerie IRM sans injection.

Bien amicalement, Arnaud