Bulletin n°16

Pourquoi étudier la selle turcique en cas de bilan d’acouphènes pulsatiles?

J’ouvre le bulletin de veille scientifique de ce mois ci par une étude juste parue dans l’American Journal of Neuroradiology par l’équipe du Professeur Houdart (full text ici pour les membres du Cireol), qui démontre que la selle turcique vide en IRM pondérée T1 ou T2 est un élément important du diagnostic étiologique en cas d’acouphènes pulsatiles. Voici un exemple se selle turcique vide en T2:

En effet, il a été démontré que les sténoses bilatérales des sinus veineux transverses au niveau cérébral sont une cause commune d’acouphènes pulsatiles isolés (bien plus fréquentes que les paragangliomes, les protrusions carotidiennes ou autre malformation vasculaire). Or ces sténoses veineuses ne sont pas toujours faciles à mettre en évidence, et requièrent souvent des reconstructions à partir de 3D T1 injecté voir de 3D TOF injecté ou d’imagerie 4D dynamique pour voir l’image de la sténose sub-obstructive. C’est le sinus veineux « dominant » qui est responsable de la latéralité de l’acouphène.

Le diagnostic sera ensuite confirmé par une angiographie cérébrale avec mesure du gradient de pression trans-sténotique.

Dans cet article de l’AJNR, les auteurs démontrent que le fameux signe « de la selle turcique vide » est aussi bien présent chez des patients présentant des signes d’augmentation de la pression intra-crânienne associés à la sténose veineuse, que pour ceux présentant le couple sténose veineuse+acouphènes isolés. Sur le plan physiopathologique, l’hypothèse étant que « l’archnoidocèle » intra-sellaire est lié à un trouble de la résorption du liquide céphalo-rachidien plutôt qu’à une augmentation de la pression intra-crânienne. Sur le plan pratique, c’est un signe IRM facile à étudier lors de nos bilans d’acouphènes qui doit nous inciter à bien reconstruire les sinus veineux, s’agissant d’une cause curable d’acouphènes.

L’association sténose veineuse bilatérale et signe de la selle turcique vide augmenterait donc la spécificité diagnostique de cette pathologie commune et invalidante.

Doit-on interpréter nos imageries de l’oreille interne de la même façon pour une femme et un homme?

Lorsque nous interprétons une imagerie CT ou IRM en otologie, nous nous posons rarement la question de fournir un compte rendu différent selon le genre du patient.

Pourtant une étude récente parue dans la revue Scientific Reports, petite soeur de Nature, moins prestigieuse mais sérieuse (IF à 4) et open-access, démontre que la cochlée des femmes possède une conformation spatiale en 3 dimensions distinctes de celle des hommes!

Si la longueur totale de la cochlée apparaît similaire, le tour basal de la cochlée apparaît plus éloignée du second tour dans la population féminine, comme illustré sur la figure suivante:

Il s’agit d’une étude scannographique de micro-CT, dont la première application est anthropologique puisque les auteurs ont montré qu’il était possible pour des squelettes de base du crâne trop endommagés pour permettre des analyses genrées de façon biologique, de déterminer le sexe sur la topologie de la cochlée lorsque l’os temporal était préservé. Il a fallu attendre l’arrivée des algorithmes de réduction de dimension non-linéaire (machine learning non supervisé) pour mettre en évidence ce diomorphisme.

Pour les radiologues faisant de la recherche clinique, au delà du fait de savoir si on peut déterminer cette même information sur un scanner crane ou temporal standard; se pose la question de mieux étudier l’influence du sexe sur un certain nombre de pathologies. On pensera par exemple aux translocations d’implants cochléaires qui ont souvent lieu entre le tour basal et le second tour, voir à des pathologies de type schwannomes intralabyrinthiques ou hydrops cochléaire.

Bien amicalement, Arnaud