Bulletin n°17

De la sérendipité en recherche clinique

Un article (open source) paru dans Neuron, une des plus prestigieuses revues de Neurosciences, a été largement médiatisé y compris dans le Monde (visible ici pour les membres du Cireol).

Une équipe de recherche Israélienne cherchait à constituer un groupe témoin en IRM pour l’exploration de troubles de l’odorat, et a observé contre toute attente une absence de bulbe olfactif pour une jeune femme de 29 ans (gauchère), dans un contexte d’odorat parfaitement préservé après tests cliniques !

Alors qu’il ne s’agissait pas de l’hypothèse de départ de ce travail (la sérendipité étant défini sur Wikipédia comme « l’art de prêter attention à ce qui surprend et d’en imaginer une interprétation pertinente »), ce cas clinique initial a donné lieu à une étude sur sujets sains qui a montré qu’approximativement 0.6% des femmes naissaient sans bulbe olfactif mais avec un odorat parfaitement préservé (aucun homme) ; avec une sur-représentation chez les gauchères (plus de 4%). Un exemple en coronal tiré de l’article est visible ici, le sujet sain naissant sans bulbe olfactif étant dénommé NAB:

Et il y a également un exemple en axial dans le matériel supplémentaire:

Cette découverte est d’autant plus remarquable que ses données ont été confirmées en IRM de Diffusion, puisque les données du Human Connectome Project contiennent des images à haute résolution angulaire permettant de reconstruire les fibres du tractus olfactif de ces sujets sans bulbes sur l’imagerie T2. Or il n’y a pas non plus de tractus olfactif ni de tractographie faisable à ce niveau!

Une donnée à donc bien connaître avant de conclure à tort à une possible lésion post traumatique ou à une malformation congénitale, bien sûr si la patiente est cliniquement « fonctionnelle » au niveau de l’odorat. On notera aussi qu’actuellement la détection en IRM de l’absence de bulbe olfactif dans un contexte de malformation congénitale se fait souvent tardivement (vers l’age de 10 ans) puisque l’absence de bulbe était considéré comme irréversible, donc sans traitement. Or le fait d’avoir la possibilité de développer un odorat sans bulbe pourrait encourager les politiques de dépistage précoce (chez le nourrisson) en utilisant des tests (non-verbaux) de détection d’odorat.

Les auteurs reconnaissent qu’ils n’ont pas d’explication neuro-développementale à proposer pour la préservation de l’odorat en l’absence de bulbe, on en conclura que la plasticité cérébrale réserve encore bien des surprises…

 

Bien amicalement, Arnaud